La conjonction économique et météorologique répond aux conditions juridiques pour un assouplissement du télétravail dans le réseau
Comme les textes l’autorise pour des causes exceptionnelles, les employeurs peuvent déroger à leurs cadres de télétravail en l’élargissant, en vue de protéger les conditions de travail et la santé des salariés.
Dans notre cas présent, c’est à double titre que cet élargissement est le bien venu, en particulier dans le réseau opérationnel des agences Manpower :
1. depuis plusieurs semaines, les pouvoirs publics incitent les entreprises à utiliser le télétravail pour diminuer les consommations de carburant, tant pour des raisons de préservation des disponibilités nationales que de limitation des pertes de pouvoir d’achat des salariés : si la direction a répondu absente jusqu’à présent, elle doit savoir qu’elle n’est pas exempte d’obligations civiques.
2. également en adaptation à la longue période de forte chaleur et canicule que nous traversons : là encore la direction Manpower semble souffrir d’immaturité, puisque les pouvoirs publics recommandent là encore une approche pragmatique des employeurs.
La direction Manpower manque de lucidité économique dans sa crispation idéologique sur les ouvertures agence
À défaut de vouloir ouvrir un débat au niveau de leurs propres hiérarchies, les directeurs de secteurs et responsables en agence peuvent avoir le besoin de préserver l’efficacité économique de leur périmètre :
1. Ces derniers jours, les collègues en agence enregistrent une baisse notable des passages physique. Ce qu’attendent les quelques client qui passeraient, c’est surtout l’affichage sur la porte :
- de la date et heure de la prochaine ouverture physique de l’agence,
- mais surtout le numéro de téléphone ou courriel où lui répondra immédiatement un personnel alerte car disposant d’eau fraîche.
2. De nombreuses agences ne disposent pas de climatisation, sans d’ailleurs même qu’il ne soit question de l’en équiper (le seul mot d’ordre est « économie ») : ces locaux non équipés sont parfaitement inventoriés par l’entreprise au niveau de chaque DR, donc il n’y a aucune excuse.
Mais surtout : quasiment aucune agence ne répond à une obligation majeure et pourtant basique : la mise à disposition d’eau fraîche, ce à quoi la simple existence d’un réfrigérateur ne répond pas.
De quoi donc pouvoir argumenter, si un directeur régional ou du siège bien au frais dans son bureau climatisé équipé d’une fontaine à eau réfrigérée avec option gazéifiée, se sentait habilité à vilipender un assouplissement télétravail exceptionnel...
Les responsables qui ne résolvent pas ce problème localement en achetant des bouteilles d’eau à placer en réfrigérateur, portent une responsabilité pénale vis-à-vis de leurs équipes.
3. De premiers malaises graves liés à la chaleur se sont produits ces dernières semaines dans les agences Manpower.
R4463-4 du code du travail
En cas d’épisode de chaleur intense, une quantité d’eau potable fraîche suffisante est fournie par l’employeur. L’employeur prévoit un moyen pour maintenir au frais, tout au long de la journée de travail, l’eau destinée à la boisson, à proximité des postes de travail, notamment pour les postes de travail extérieurs.L’infraction à cette obligation est susceptible d’une amende pénale de 10000 € au titre de l’article L4741-1 du code du travail.
Le syndicat CAT Manpower intervient en commission de suivi télétravail, dans les CSE et au CSEC pour dévérouiller les décisions managériales
En commission télétravail ce mois, le syndicat CAT Manpower va rappeler ces évidences et demander à la DRH d’intervenir auprès des directions régionales en ce sens. Les représentants syndicaux et les élus CAT Manpower ont reçu une demande d’intervenir directement auprès des RRH lors des réunions CSE.
Par notre communication directe auprès des collègues, nous sensibilisons et outillons les personnes afin qu’elles se sentent légitimes à se protéger et à protéger leurs collègues directement.
Et en attendant, mode d’emploi individuel pratique et juridique pour gérer les carences thermiques de nos agences
1. Réagissez dés que vous ressentez tout ou partie de signes de souffrance avant-coureurs, d’alerte ou critiques, liés à la chaleur :
- avant-coureur : crampes, fatigue excessive ou maux de tête,
- ou d’alerte : vertiges, nausées ou vomissements, étourdissements, malaise, désorientation ou troubles de la conscience,
- ou critique : accélérations cardiaques et respiratoires, confusion mentale ou agitation ou perte de connaissance.
2. Vous buvez un grand verre d’eau, même chaude du robinet à défaut, puisque les agences ne disposent généralement pas d’eau fraîche en toute illégalité.
3. En cas de signes importants, appelez le 15 pour un avis médical, mais c’est parfaitement facultatif si les signes ne sont pas encore critiques, car le bon niveau d’action est avant les atteintes à la santé.
4. Puis, vous alertez l’employeur : - par message écrit si possible votre hiérarchique que vous quittez et fermez l’agence (si vous êtes seul) et serez à disposition chez vous,
- pour le moins les représentants CAT : Assistance Intérimaires/Permanents : témoin ou sujet d’une situation de DANGER ou de SOUFFRANCE au travail ? ou Nos coordonnées.
5. Vous quittez l’agence sans attendre vers un endroit frais ou plus frais, quitte à reprendre votre véhicule pour rentrer chez vous (climatisation ou courant d’air fenêtre ouverte) : désobéissez si votre hiérarchie vous intime de rester à votre poste.
6. Selon : vous vous rendez chez le médecin si besoin, ou chez vous télétravailler à disposition de l’employeur.
Notes :
- L’alerte de vos représentants CAT est très fortement recommandée si vous êtes en contradiction avec votre hiérarchie sur la gestion de la situation de retrait : ils ont la capacité de vous couvrir par une alerte danger grave et imminent et disposent de ressources juridiques pour vous conseiller, vous accompagner et vous protéger.
- Un collègue intérimaire soumis à une même situation de danger lié à la chaleur peut également invoquer les obligations de mise à disposition d’eau fraîche sur son lieu de travail et/ou appliquer la procédure de retrait : il doit alors adapter la procédure en mettant son poste de travail en sécurité avant de le quitter le cas échéant, puis en alertant dans l’entreprise utilisatrice ainsi que l’agence de son retrait).
Voir aussi :
- La fiche INRS sur la prévention des risques liés à la chaleur, dont la vidéo rappelle les principes non respecté par l’entreprise Manpower dans de nombreuses agences ;
- notre article précédent sur le texte conventionnel de télétravail des salariés permanents Manpower ;
- notre article précédent sur la prévention des risques liés à la chaleur pour les salariés intérimaires.